Une nouvelle année débute, et avec elle, des envies de bonnes résolutions qui ne seront évidemment pas tenues. Alors, à défaut de me contraindre à maintenir un blog pour la seule ambition d'écrire ou de répertorier mes lectures, j'ai décidé de céder aux envies ponctuelles et aux inspirations fugaces qui me poussent à vouloir parler d'un ouvrage. Surtout, ce blog, destiné à personne hormi à moi-même, est l'unique détenteur de mes réflexions et de mes sentiments, ultime gardien de cette mémoire qui, avec le temps et la fatigue, m'échappe de plus en plus; et qui relègue mes lectures tant appréciées dans l'oubli.
L'heure des prédateurs de Giuliano Da Empoli est un essai politique qui m'a passionné; et je voulais retranscrire ce profond intérêt, laisser une trace de mes impressions, afin de créer ici un terrain de mémoire - certes- mais surtout un terrain de réflexion.
Bien sûr, la première raison est que je ne connais strictement rien à la politique. Elle m'échappe complètement, à la fois par total désintérêt et par volonté d'échapper à son actualité, le plus souvent anxiogène, alarmiste, et pessimiste. L'ouvrage de Giuliano Da Empoli n'échappe pas à ce caractère glaçant de l'avenir; mais, la vulgarisation politique que l'auteur s'applique à infuser dans ses propos; par le biais de récits personnels, d'exemples concrets et d'un langage simple et accessible, parvient à tempérer ce pessimisme ambiant pour capter l'intérêt du lecteur jusqu'à la fin.
Empoli, c'est d'abord un prophète qui offre des clés de compréhension sur les dynamiques et les enjeux responsables d'un nouvel ordre mondial; une réalité inquiétante où les principaux acteurs sont les géants de la tech, les dirigeants populistes et dont le mode opératoire privilégié semble être la force brute. Les prédateurs sont une galerie de personnages inquiétants tels que Donald Trump, Nayid Bukele, le président salvadorien, ou encore Mohammed Ben Salman, le prince héritier Saoudien, mais aussi les oligarques de la tech comme Elon Musk, le patron de Google Eric Schmidt, et le p.d.g d'OpenAI, Sam Altman. Tous comparés à un César Borgia (le modèle du Prince de Machiavel), ils représentent cette nouvelle génération d'hommes borgiens qui " ne trouvent de sens à leur vie que dans la lutte" et qui ouvrent la voie vers une " ère de violence sans limite", dominée par un rapport décomplexé avec la force et le pouvoir.
Cette logique est ainsi expliquée par :
- l'influence grandissante des puissances émergentes et illatérales sur la politique occidentale; un constat relevé par l'auteur que j'ai trouvé particulièrement intéressant. En effet, il souligne que pendant des décennies, le modèle occidental s'est diffusé à travers le monde, inspirant ainsi les dirigeants à l'appliquer dans leur propre système politique. Or cette dynamique s'est désormais inversée; les méthodes de Nayib Bukele ou de Mohammed Ben Salman, qui agissent sans respect aux principes de démocratie, de régles ou de connaissances structurées (au profit de l'instinct et de l'émotion), influencent largement l'Occident. Ce sont des hommes d'action qui n'hésitent pas à prendre des risques par la rapidité et la force; et qui, surtout, promettent de résoudre les vrais problèmes du peuple.
- l'influence des oligarques de la tech dont l'ingérence politique marque la naissance d'un nouveau régime mené par la technologie et l'AI. Empoli montre combien ces hommes, qui ne connaissent aucune restriction de lois ou de droits, gouvernent les territoires afin de se débarrasser des anciennes élites politiques (y compris la démocratie) et surtout d'y déployer leur vision du futur.
Auto-proclamé scribe aztèque, Giuliano Da Empoli opère un pas de côté qui éloigne ses propos du prosélytisme politique. Il ne s'abaisse pas à un essentialisme facile où les prédateurs - tous conservateurs, trumpistes ou national-populistes - sont relégués dans le camp des méchants et les démocrates dans celui des gentils. Au contraire, il s'efforce de reconnaître la responsabilité de chacun des partis.
- face à la montée de l'autoritarisme et du "Facisme Tranquille" sur l'Occident (qui promet de régler les problèmes d'immigration, du coût de la vie et de criminalité), que répondent les démocrates ? "Règles, démocratie en péril, protection des minorités.. " négligeant ainsi de se préoccuper des réalités sociales et économiques qui frappent la majorité.
- la responsabilité des démocrates sur l'ingérence des grands patrons de la Tech. Avec la réélection de Barack Obama - qui a ouvert la porte à Eric Schmidt, patron de Google - ils ont changé à jamais le visage de la politique et ont offert un espace d'influence pour des hommes tels que Elon Musk, Sam Altman ou encore Demis Hassabis (patron de DeepMind).
Avec de nombreuses illustrations tirées de son expérience personnelle au sein du sérail politique, Giuliano Da Empoli signe, pour moi, un ouvrage à la fois terrifiant mais surtout éclairant. Bien que je sois désinteressée de la politique, l'auteur est parvenu à me captiver, et surtout à m'éveiller sur un sujet désormais plus si abscons et que j'aurais presque souhaité, moins bref. J'ai adoré.
" Fascisme Tranquille " est une expression tirée de l'ouvrage de Jonathan Durand Folco : " Fascisme tranquille, Affronter la nouvelle vague autoritaire ".
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